Certains lecteurs de ce blog, que je ne nommerai pas ici, ont fait remarquer que la fréquence et la qualité d’écriture semblaient être des variables interdépendantes, liées par une relation de proportionnalité inverse. Si l’on nomme f la fréquence et q la qualité d’écriture, Benji (oups) semble dire que f <=> 1/q. Et bien Benji je te dédie cet article; cette digression.
Puisque l’objectif est d’inverser une sensation de non-qualité, nous allons apporter un soin tout particulier à l’ensemble du processus de création. Afin donc de rédiger une digression brillante je m’en vais commencer par lustrer le sujet, astiquer la recherche comme un adolescent se frotte la tige au début d’une nuit d’été. Une recherche méticulleuse, une étude fouillée, un travail d’investigation digne d’Hercule Poirot ou de Sherlock Holmes, une quête St Grallienne, bref en travail digne de chacun d’entre vous, chers lecteurs. Le mot de ce soir est donc un mot à la fois technique et inutilisable tout en conservant un aspect très prononçable. Et, cerise sur le gateau, c’est un mot dont la définition ne donne aucune information visuelle sur la “bête” car il s’agit bien de zoologie. A l’instar de l’eusthénoptéron, l’animal de ce soir semble totalement irréel (vous constaterez également qu’en plus d’être irréel il y a quelques mots incompréhensibles dans la définition). Alors voilà le mot de cette digression :
BOPYRE, subst. masc.
ZOOL. Crustacé isopode qui vit en parasite dans la chambre branchiale ou sur d’autres viscères de crustacés décapodes tels que le crabe, la crevette, le homard ou la langouste (cf. H. COUPIN, Animaux de nos pays, 1909, p. 408).
Bien entendu un mot n’est rien sans un contexte, sans une possibilité d’utilisation. Ce serait un peu comme donner une couverture à un phoque. Le bopyre est le meilleur ami du gourmand et pour l’utiliser il faut choisir sa saison. La saison la plus propice est celle des fêtes, celle durant laquelle on se goinffre de homard; où l’on se baffre de crabes, de crevettes ou de bulots (même si le bulot n’est pas un crustacé décapode – ça n’a pas dix pieds un bulot – ni un isopode – quoique -).
Le gourmand érudit saura ainsi pendant le repas et à l’arrivée du plateau de fruit de mer lancer un laconique : “Tiens des fruits de mer ! Heureusement que je suis immunisé contre les bopyres, il parait qu’ils sont urtiquants cette année.” S’en suivra à coups sûrs une longue discussion sur ce parasite (il faut insister sur le mot parasite. Un animal c’est mignon, un parasite c’est effrayant – pour autant je connais des mignonnes qui sont de sacrés parasites), sur sa vie dans les branchies, dans les viscères (c’est où les viscères d’une crevette ?) etc… Il y a de grande chance que sur une tablée de six convives composées de deux couples constitués et d’un homme et d’une femme n’ayant pas encore consommés, il y a de grande chance (un densité de probabilité) que les trois femmes ne touchent pas au plateau de fruit de mer, que l’homme n’ayant pas consommé sa voisine, en face de même avec le homard pour ne pas diminuer ses chances d’honorer la voisine sus-nommée. Le dernier homme lui, s’il n’est pas érudit sera sûrement malin et indiquera être également vacciné ou imunisé afin de pouvoir se goinffer avec l’érudit. Le viel adage se trouvera ainsi encore une fois vérifié : “On a toujours besoin d’un plus petit que soi” et la peau du ventre des malins, bien tendue.
Qu’il est bon d’être érudit, n’est-ce pas ?
Si vous ne pouvez pas patienter jusqu’à la période des fêtes vous pouvez toujours utiliser bopyre comme insulte, il remplacera aisément les sobriquets tel que “Nain”, “Nabot” ou “Minus” etc… Bien entendu vous devrez sans doute vous justifier et vous expliquer. Vous découvrirez ainsi qu’être intelligent, c’est comme être beau, ce n’est pas une sinécure.
Pour les cinéphiles sachez qu’il existe un film sur le bopyre intitulé : La crevette et son bopyre (1961)

Deux crevettes s’échangent leur bopyre
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Ah, quand vous vous donnez la peine, c’est léger, érudit, informative, bien ficelé, plein d’humour… bon, à part la photo que j’ai cru déjà voir ici ailleurs (ici, ailleurs, oui on pourrait penser que je dis tout et son contraire mais non, ne pas se fier à la première impression !)
Oui je le confesse, je suis un fénéant… talentueux mais fénéant ! Sachez ma chère que la photo récurrente est un clin d’oeil à un ouvrage de référence, le Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des biens nantis. Je vous laisse le soin d’en découvrir l’auteur et je vous le souhaite, le contenu.
Aïe, j’ai mal à la tête !
Bah pourquoi ?!
pfffffffffff
je vais chercher un dico, un aspegic et un cerveau et je reviens
Mais enfin toi aussi ?! C’est quoi qui vous fait mal au crâne ? Isopode ? Crustacé ? Crevette ? Homard ?
Bopyre ! C’était ça, bopyre !
Faut dire qu’à 2 heures du mat’ et 3 grammes, c’était pas fastoche de retrouver le mot !
(Le Corton était à se taper le cul par terre)
Ouais on a beau dire, être intelligent c’est pas facile quand y a autant d’alcool !