Dans cet article (en danois) nous apprenons qu’un jury danois, dans le cadre d’une revue de photographies de presse, s’est demandé ce que le terme “photographie de presse” pouvait englober et donc, par corrolaire ce qu’il n’englobait pas. Ce questionnement a surtout trait à l’utilisation de logiciels de post-production, id. Photoshop, The gimp etc. .
Afin de vous donner quelques clés de réflexion voici un petit rappel sur le flux de production d’une image. Bien entendu impertinent que je suis je vais largement schématiser, mais tu sauras, chère lectrice et cher lecteur, faire la part des choses.
Bien commençons donc :
Un photographe voit une scène, par exemple un bel éléphant, il prend alors dans son sac photo préféré, Domke, Kata, Lowepro, etc. en sort un appareil photo sur lequel est monté un objectif (je n’énumèrerai pas les marques et encore moins les focales). A partir de là le photographe va commencer à composer sa photo. On peut dire que le sac n’influe pas sur le processus de prise de vue. Ce n’est pas le cas pour la suite !
L’appareil photo peut se décomposer en deux parties.
1/ Le boitier est caractérisé par une sensibilité à la lumière. Elle vient, soit du capteur numérique qui est réglé sur une sensibilité ou une autre, soit de la pellicule choisie qui a, elle aussi une sensibilité ou une autre. (Pour en savoir plus sur la sensibilité je vous invite à lire cela : Sensibilité ISO – Wikipedia).
2/ L’objectif, lui, est caractérisé par une focale et une ouverture. La focale définit le champ de prise de vue; plus le champ est étroit plus on a un fort grossissement, (la focale est longue, l’objectif fait “loupe”). Les objectifs peuvent ainsi être classés en différentes familles liées à la focale : Les grands-angles, les standards et les télé-objectifs. (Un zoom c’est un objectif à focale variable). L’ouverture c’est la capacité de l’objectif à capter plus ou moins de lumière. Plus l’ouverture est grande plus l’objectif rentre de lumière (f/1.4, f/1.8, etc) et inversement plus l’ouverture est petite moins il y a de lumière qui rentre (f/16, f/22, etc). L’ouverture et la focale influent sur différents paramètres que sont, entre autre, la profondeur de champ et la vitesse de prise de vue.
Donc une fois que le photographe a choisi tout cela il prend une photo de l’arbre devant lequel l’éléphant était, puisque l’éléphant n’avait pas que ça à faire, c’est la prise de vue. Celle-ci vient s’imprimer sur le capteur ou sur la pellicule. On peut considérer que la photo commence à exister à partir d’ici. Les puristes pourront dire que la photo ne doit plus être modifiée à partir de ce moment. Mais il y a encore des étapes pour que la photo puisse être visible par tout le monde.
L’étape suivante est le processus de développement. Il consiste à “extraire” la photo pour en faire un négatif, une diapo ou un fichier informatique. Cette extraction est différente en fonction de la technologie de prise de vue. Il s’agit pour les pellicules de passages successifs dans des bains de produits chimiques. Pour le numérique il s’agit d’étapes informatiques; essentiellement axées autour des contrastes et des réponses tonales.
La dernière étape est le tirage qui consiste à transférer l’image sur du papier ou un autre support (toile, tube de dentifrice, mugs etc…) Là encore en fonction des technologies de stockage de l’image (négatif, diapo, fichier informatique) la technologie de tirage n’est pas la même.
Comme vous pouvez le voir il y a beaucoup d’étapes dans le processus photographique. Et chaque étape, dès la prise de vue, modifie, restitue, altère, etc. la réalité. La question des danois est en somme “Quel est le maximum de modification de la réalité admissible ?” Mais, “admissible” pour qui ou pour quoi ?
Je n’ai pas la prétention de répondre à cette question et je pense intimement que personne n’a la légitimité nécessaire pour y répondre. Ce que je sais néanmoins c’est que nous vivons dans un monde si ce n’est d’images en tous les cas d’apparences et que ces apparences ne sont pas “gratuites”, elles servent les intérêts de certaines personnes. Soit de l’auteur de la photo qui la vend, qui l’utilise pour se taper le modèle, soit pour l’agent du photographe qui s’en sert pour toucher une commission, pour fourguer un autre de ses photographes, soit pour le rédac chef du journal qui s’en sert pour combler un vide, pour appuyer des mots, pour préparer le cerveau des lecteurs aux publicités à venir, soit pour etc…
Voilà vous avez des clefs pour comprendre la production d’une image, vous placerez vous même le curseur de ce que vous acceptez comme photographie ou comme création photographique, comme altération photographique, comme photocomposition etc…

Chargement
Interessant , pour une néophyte comme moi toutes ces précisions sur la technique accompagnées d’une réflexion (un peu trop négative à mon humble goût) sur l’éthique et les motivations de ceux qui pensent l’image , la crée où l’utilise.
Cela me fait dériver; surtout ce passage de ta réflexion : " soit pour le rédac chef du journal qui s’en sert pour combler un vide, pour appuyer des mots, pour préparer le cerveau des lecteurs aux publicités à venir, soit pour etc "
vers une émission radiophonique qui constatait qu’actuelement tout était neuroquelquechose et qu’il suffisait de mettre une image du cerveau humain et de ces connections pour que le quidam lambda considère l’article qu’elle illustrait comme hautement pertinent . En retirant cette image, l’indice de crédibilité accordé à priori serait bien moindre.
Les messages subliminaux sont interdits mais les découvertes de la neuroscience rendent ce procédé hasbeen; nous en sommes au neuromarketing et ta expression "préparer le cerveau" en est un des développements.
Dans les années futures peut être que les professeurs devront enseigner à leurs élèves l’esprit critique d’une toute autre manière ; mais peut on apprendre à déjouer les méchanismes visuels, sonores, olfactifs qui induisent des réactions connues de notre cerveau ?
D’un autre côté quand des musiques , des odeurs, des gouts ou des images pourraent avoir un effet proche de certains médicaments pour soigner nos stress, nos angoisses , nos délires pervers, elle serait pas belle la vie …?
P.S. je croyais que c’était le modèle qui devait se tapper le photographe pour espérer qu’il vendrait sa photo en priorité , assurant une diffusion et une publicité de son image ?
Haaaa, ça marche dans les 2 sens , voir même dans les 3 ou 4 autres ? l’interactivité quoi ! (sourires)
Ta réflexion n’est pas très éloignée du fond de mon propos mais je pense par contre que l’éducation visant à donner les clés permettants de déjouer certains pièges visuels ou olfactifs ne seront pas à l’ordre du jour avant un certain temps.
PS : Ah bon ! Mince je ne savais pas que c’était aussi dans ce sens là que ça devait se passer !
J’ai bien fait de passer ce matin, Nikobo, je viens d’apprendre des choses intéressantes sur ce qu’est la photographie. J’avoue être absolument ignare et simplement appuyer sur le bouton qui déclence la prise de vue sans savoir ce qu’il convient de faire pour que cette vue soit une oeuvre d’art et non pas un cliché parmi tant d’autres, sans autre valeur que celle que je lui donne.
En ce qui concerne les retouches qui sont acceptables, il parait en effet difficile de faire un barême en fonction des sujets photographiés et du pourquoi de l’existence de cette photo. Mais depuis que j’ai appris que même le studio Harcourt retouchait ses photos, et ce depuis le début du studio, je ne crois plus en "LA" photo, celle qui fait s’extasier les foules ébahies lors d’un vernissage. Tout ça n’est que jeu de dupes et THE cliché n’existe pas…
Une fois accepté cet état de fait, qui dira en effet ce qui est acceptable ou pas. Ou s’arrête l’art et ou commence la tricherie ? Ou serait-ce que l’art réside aussi dans la retouche du cliché qui en change plus ou moins substantiellement la qualité ? Autre débat sans fin. Pour moi, un cliché ne devrait pas se retoucher et comme un effet de grâce, exister simplement par le fait du hasard et aussi, à plus ou moins grande part, par le savoir-faire, le savoir-voir du photographe…
C’est un point de vue intéressant qui, une fois de plus, met en jeu une personne intelligente et doué de sens critique, ce qui n’est pas, je crois, le cas de la majeure partie des habitants de cette terre…
Bonsoir Nicolas!
Je ne peux m’empêcher de donner mon avis de débutant (que ce soit niveau photo que retouche d’image).
Personnellement, je suis pour la retouche d’image à une seule condition : qu’elle ne touche pas à l’intégrité de l’image de base.
Pour exemple la technique marketing de base : un magnifique bâtiment pris en photo afin de venter la beauté et l’intérêt de ma chère ville de Béthune. La photo est prise avec un ciel gris (normal, on est dans le Pas de Calais). Cette photo est retouchée pour transformer ce ciel sombre en beau ciel bleu vierge de tout nuage. L’intégrité de la photo est atteinte. Si l’on veut prendre le beffroi avec un ciel bleu, on pose ses fesses, et on attend que le ciel se dégage (quitte à attendre 2 mois).
Voià , pour faire (très) simple. De la même manière, je suis réfractaire au lissage de photo, au rajeunissement etc… toutes les techniques visant à éclipser un défaut naturellement ancré dans l’image captée.
Par contre, ramener un peu de luminosité à une photo quelque peu sombre, la recadrer … et encore … un bon photographe pourrait prendre la peine de cadrer convenablement son cliché (même si cela peut se justifier dans le cas d’une photo prise dans la seconde assis sur un velib’ en passant sur un dos d’âne par temps de pluie)
Voilà … bon comme d’hab ma réflexion part dans tous les sens mais l’idée est là . Une belle photo ne se retouche pas. Un amateur de photo sait ressentir et comprendre un cliché à son état naturel.
Pour finir par une image, c’est un peu comme une femme (ou un homme pour vous mesdemoiselles) : c’est sûr qu’un rouge à lèvre pétant, un peu de fond de teint etc… peut mettre en valeur une femme belle de nature mais, je trouve qu’elle est tellement plus ravissante au naturel, sans tout cet apparât, qu’il est presque dommage qu’elle fasse tout cela.
Sur ce … je retourne bosser =/