Guillon vs Hulot : 0-0

Ce n’est pas la première fois, ni la dernière que Stéphane Guillon assaisonne un invité de la matinale de Nicolas Demorand sur France Inter. Ce n’est pas non plus la première fois que l’invité en question, piqué au vif, réagit.

Le mordu de ce matin était Nicolas Hulot, écolo en vogue, écolo avec un passé aussi comme tout le monde. Et bien que le français moyen ait la mémoire d’une brique, Guillon lui l’a un peu plus longue et s’en sert dans sa chronique. Ecoutez donc :

Nicolas Hulot a pris son droit de réponse dans le Journal du Dimanche du Samedi 10 octobre, voici sa réponse :

Quand on s’expose dans un engagement comme le mien, il ne faut pas s’étonner des réactions d’incompréhension voire d’hostilité que cela peut provoquer. Je pratique suffisamment l’autodérision, et ma susceptibilité comme mon ego s’accommodent parfaitement d’être remis en place. Mais la dernière expérience dans les locaux de Radio France vaut interrogation. Invité avec insistance dans l’excellente émission matinale de Nicolas Demorand sur France Inter, j’ai découvert après coup que mon arrivée avait été précédée de quatre minutes d’amalgames douteux, de sous-entendus infamants et de mensonges à  mon égard dans la chronique de Stéphane Guillon. Des mots assassins allant jusqu’à  me rendre quasi complice moral des tragiques suicides chez France Télécom, d’enfants écrasés sur le Dakar et de graves pathologies chez d’autres enfants. On m’accordera que l’on n’est plus dans l’espace de la caricature mais bien dans celui de l’exécution.

Je comprends mieux, avec le recul, les sourires gênés à  mon accueil. J’ai beaucoup d’indulgence en matière d’éducation, mais je trouve singulier d’être invité pour se faire lyncher et de découvrir les sévices infligés une fois que vous avez quitté vos hôtes sans pouvoir un seul instant répliquer. Stéphane Guillon serait pardonnable s’il était drôle, il est juste méchant. Je l’envie presque de pouvoir juger sans comprendre, d’énoncer sans savoir, de blesser sans risque et sans doute, le soir venu, de trouver le sommeil profond. De crainte de paraître sans humour, ou pire d’être victime de représailles ou de répliques, sans doute chaque cible de notre sniper national hésite à  réagir. N’est-ce pas aussi accorder trop d’importance à  ce qui est insignifiant par simple excès? Oui mais qui ne dit mot consent, et l’humeur de Monsieur Guillon vaut-elle qu’on s’assoit sur son honneur?

N’est pas Coluche qui veut. Il y a un monde entre Guillon et Coluche qui s’appelle le talent. Un fossé que l’intéressé tente de combler avec des procédés de petit corbeau. La liberté fondamentale de moquer, de railler, de déranger voire de dénoncer n’affranchit pas du respect de la dignité et de la personne. La limite n’est pas une entrave à  la liberté, elle en est la condition. Les mots sont aussi des armes, les vôtres, sachez-le, peuvent être le détonateur d’une certaine violence que certains voient ainsi dans vos propos légitimée.

Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin, disait Cocteau. Cher Monsieur Guillon, je crains que votre suffisance vous empêche d’apercevoir les frontières de l’acceptable.

Non loin de la verve cynique (et amusante quand elle atteint un autre) de Guillon, Hulot choisit de répondre avec les mêmes armes, celles qui appuyent là  où ça fait mal. L’un reproche à  l’autre de ne pas être écolo et lui de lui répondre qu’il n’est pas drôle !

En espérant que le papier du JDD soit recyclé, c’est un match nul mais amusant : 0 – 0 la balle au centre.

About Nicolas B.

Photographe professionnel, Nicolas Beaumont vit à Paris et travaille à travers le monde. Depuis 2009 il a voyagé en Asie, en Océanie, en Afrique et en Europe.