Tout le monde pensait que c'était impossible, vint un idiot qui ne le savait pas et qui le fit.
Mercredi septembre 8th 2010

Art et culture

Bien, ça faisait longtemps que je n’avais pas rué dans les brancards sur un autre sujet que mes chers médias !

J’échangeais au sujet de l’accès à  l’art avec une amies, déplorant, d’une certaine façon, la culture de masse et surtout la marketisation de la culture. Ne vous trompez pas pour autant, je pense que l’accès à  l’art peut permettre au plus grand nombre de s’élever en se questionnant sur les messages que les artistes adressent, messages qui ne sont que des émanations esthétisées de questions bassement humaines.

Oui l’accès à  l’art est à  n’en pas douter une bonne chose pour l’espèce humaine. C’est, en tous cas, ma conviction. L’art est, à  mon sens, une libération ou en tous cas un chemin vers une libération. Une libération en ce sens qu’il permet de s’évader d’une certaine routine, d’un certain quotidien.
Moi par exemple une photo de Brassaï ou de Pierre Molinier me transporte; d’autant plus que je peux contempler ces oeuvres de manière paisible. Il en est de même pour des toiles d’Aurélie Nemours ou de Yves Klein : du calme et de la sérénité pour les admirer. Mais ces grands noms ne sont pas les seuls à  avoir mes faveurs, j’apprécie les photographies de Nicolas Mithois avec qui j’ai exposé il y a quelques années ou celles de Patrick Tourneboeuf.

Elles sont, vous en conviendrez, nettement moins connues; surtout par beaucoup moins de monde. Et j’accuse, de ce manque de popularité, l’état culturel, si justement dénoncé par Alain Brossat dans Le grand dégoût culturel, Le Seuil, 2008.

Alors je ne vous ferais pas la joie de paraphraser l’ouvrage d’Alain Brossat, vous n’aurez qu’à  le lire vous même, non je vais citer deux exemples de la marketisation de l’art, ce qu’on appelle aujourd’hui la culture.

La cité de la musique de la Villette

La cité de la musique de la Villette

Musée Georges Pompidou – aka Beaubourg.

Au dernier étage de ce temple parisien et moderne de l’art, moderne mais pas que parisien se trouve deux espaces utilisés pour les expositions, des toilettes, le restaurant et la boutique. La boutique est d’ailleurs assez nouvelle puisqu’historiquement elle se trouvait (et se trouve d’ailleurs encore) au rez-de-chaussée. Bien que la direction du musée ait décidé d’aménager une nouvelle boutique permettant aux visiteurs qui sortent d’une exposition de retrouver le catalogue de la dite exposition ou bien des rétrospectives des artistes, pourquoi pas… Mais il y a quelques mois alors que l’entrée et la sortie dans l’espace des deux galeries se faisait par une porte et sans difficulté particulière, la direction du musée a contraint la circulation d’une porte d’entrée vers une porte de sortie. Si vous connaissez un peu Beaubourg vous vous souviendrez sans mal que les escalators montants et descendants arrivent et partent du même endroit; ce qui signifie que l’unique porte d’entrée était adaptée à  la configuration des lieux, d’ailleurs elle le serait toujours, si, car il y un si !

En effet la direction du musée décide donc de contraindre la circulation, porte d’entrée puis porte de sortie, on pourra penser qu’elle prend en compte des directives de sécurité ou des aspects liés au confort du visiteur, voir à  son bien être, mais que nenni, rien à  taper de la sécurité ou du confort, non non cette circulation imposée, impose (oui j’insiste) de traverser la boutique pour atteindre la porte de sortie. En effet le chemin autre fois ouvert en double sens est aujourd’hui gardé par un digne représentant d’une société de sécurité dévisageant n’importe quel contrevenant en herbe et montrant les dents à  tout bout de champ. Visister une exposition à  Beaubourg se double donc d’un passage obligé par la boutique… Sans commentaire, je vous laisse juge de l’impact sur le chiffre d’affaire du musée (public).

Citée de la musique de la Villette – aka rien du tout.

Alors là  on est carrément dans le surréaliste. Le parcours est assez classique, en tous les cas au début. Sortant du tumulte urbain on arrive dans un immense hall très lumineux et étrangement calme. A droite des cordons délimitent une file d’attente qui amène vers un guichet surmonté de l’indication “Caisse”. Après une attente plus ou moins importante, dépendant de facteurs aussi diverses et variés que la débrouillardise des visiteurs, le taux de caféïne des caissiers ou le ration Chance vs Murphy inhérent à  toute file d’attente, donc après une certaine attente on atteint la caisse. Normalement en quelques minutes, voir secondes pour les plus doués, le caissier nous remet le ticket d’entrée et comme tout employé modèle il indique l’entrée de l’exposition et là  c’est la stupéfaction, il dit : “Vous traversez la boutique et c’est au fond”. Oui, vous avez bien lu, l’accès aux expositions se fait à  travers la boutique ! Là  encore l’impact sur le chiffre d’affaire est évident.

Mais le plus beau est que pour sortir du musée il n’y a pas d’autre choix – point de cerbère mais une contrainte architecturale – que de repasser par la boutique…

Donc

Rien d’étonnant donc que les musées puissent placarder et veuillent placarder des 4×3 dans le métro ou dans le paysage urbain de surface, chaque visiteur devient un consommateur qui au delà  de payer l’entrée de l’exposition se voit contraint de passer dans un espace de vente. Alors programme-t-on des artistes pour élever l’intellect de chacun et l’amener à  se poser des questions sur sa condition ou bien programme-t-on des artistes qui favorise la disponibilité consommatrice des visiteurs ? J’ai une idée sur la réponse mais je vous laisse vous forger votre propre opinion.

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